L’id�e d’utiliser une force de police mobile suppl�tive est venue de l’exp�rience des "bureaux arabes" d’Alg�rie. En 1907, la France devait assurer la s�curit� de la fronti�re alg�ro-marocaine et employait � cet effet des goums alg�riens lev�s dans les tribus des Hauts Plateaux . L’un d’eux fit partie du Corps de D�barquement � Casablanca et montra aussit�t l’int�r�t de telles unit�s l�g�res indig�nes pour des op�rations limit�es.
Le 3 octobre 1908, fut cr�� le premier goum marocain (100 cavaliers) pour des op�rations de police en Chaou�a (sud de Casablanca). Il fut dissous le 30 novembre suivant mais cette courte exp�rience montra l’int�r�t de disposer de telles unit�s et le 1er novembre, l’ordre du jour N° 100 du g�n�ral d’Amade fixa les conditions de recrutement et les missions de nouveaux goums pour assurer la paix et la s�curit� dans la Chaou�a.
Il s’agissait donc bien, � l’origine, de forces de police int�rieure ch�rifiennes sous encadrement europ�en destin�es au maintien de l’ordre, organis�es par les nations europ�ennes en vertu de l’acte d’Alg�siras sign� le 7 avril 1906 pr�voyant la restauration de la s�curit� au Maroc.
Ainsi, la date du 1er novembre peut-elle �tre consid�r�e comme le d�but de l’histoire glorieuse des Goums marocains. Le terme "goum" (Voir Sigles et d�finitions) fut pr�f�r� � celui de "milice marocaine" initialement propos�. Aussit�t commen�a le recrutement des 6 premiers goums dans les tribus de la plaine littorale de la Chaou�a (un capitaine, quelques officiers et sous-officiers fran�ais, 50 cavaliers et 150 fantassins marocains par goum)
Les premi�res op�rations.
Au cours de l’ann�e 1909, les six premiers goums participent � des tourn�es de protection des tribus soumises et � la couverture des troupes r�guli�res. Les premi�res op�rations ont lieu d�s l’ann�e suivante chez les Za�r, tribus � l’est de la Chaou�a et au sud de Rabat, au cours desquelles les 3e et 4e goums �clairent les deux colonnes compos�es de Tirailleurs s�n�galais, de L�gionnaires et de Zouaves et montrent leurs qualit�s fonci�res : endurance, rusticit�, sens du terrain et fid�lit�.
En mai 1911, les goums participent � la marche sur Fez et � l’occupation de Mekhn�s et, apr�s leur brillant comportement au combat et leur discipline, la d�cision est prise le 5 octobre 1911 de doubler leur volume par la cr�ation de six autres goums qui sont cr��s en octobre de l’ann�e suivante.
Le 30 mars 1912, est sign� le trait� de protectorat de la France sur le Maroc. Il a pour effet de d�clencher un certain nombre de r�voltes, notamment � Fez et chez les tabors de l’arm�e ch�rifienne qui massacrent leurs officiers et sous-officiers fran�ais. Les troubles s’�tendent dans les r�gions jusque l� pacifi�es. Le g�n�ral Lyautey devient alors le premier Gouverneur g�n�ral au Maroc. Plusieurs colonnes sont constitu�es auxquelles participent les goums � cheval et � pied agissant toujours en avant-garde ou en couverture des gros. Ces colonnes sont engag�es sur diff�rents objectifs : Marrakech (ao�t-septembre 1912), Boujad et Demnat (novembre-d�cembre 1912),Tadla (mars � juin 1913), jonction Maroc occidental et Maroc oriental (mai 1914), kh�nifra (juin 1914)
A la veille du d�clenchement de la Premi�re Guerre mondiale, il existe 16 goums marocains r�partis dans la partie occidentale du Maroc entre l’Oued Sous au sud et le Maroc espagnol au Nord.
La pacification et l’unit� du Maroc.
Pendant la Premi�re Guerre mondiale (1914-1918)
L’�pouvantable h�catombe de 1914-1918 creuse, d�s les premiers mois du conflit, des sillons profonds dans les effectifs combattants fran�ais et il est n�cessaire d’op�rer des pr�l�vements de plus en plus importants sur les troupes d’outre-mer. Lyautey joue le jeu de la solidarit� nationale tout en voulant conserver � tout prix le Maroc sous le protectorat fran�ais sans lequel celui-ci sombrerait vite dans l’anarchie dont l’Allemagne � l’aff�t tirerait rapidement profit. Il rend � la M�tropole le maximum de forces : "Je viderai la langouste, mais je conserverai la carapace". Soutenu par les autorit�s marocaines qui montreront en ces circonstances dramatiques pour la France que la loyaut� n’est pas chez elles un vain mot, il r�ussira pendant toute la guerre � tenir le Maroc avec des effectifs r�duits mais, selon sa m�thode l�gendaire, en montrant sa troupe pour ne pas avoir � s’en servir.
Cette troupe fut en grande partie celle des goums. Pourtant, � plusieurs reprises il s’en fallut de peu que les Fran�ais n’�chouent face � diverses tentatives de soul�vement, comme en novembre 1914 � El Herri ou dans le Moyen Atlas en 1915 ou � Tiznit en 1917, souvent foment�es par des agents allemands.
Dans ces op�rations rapides mais risqu�es en raison de la faiblesse des moyens, les goums montr�rent leur valeur combattive et leur loyaut�.
A la fin de la guerre, le nombre de goums �tait port� � 23.
La Guerre du Rif (1924-26)
La paix en Europe permet � la France de renforcer ses effectifs au Maroc. Mais les troubles ne s’arr�tent pas pour autant, surtout dans le Moyen Atlas et de nombreuses op�rations sont men�es entre 1920 et 1924 contre les tribus montagnardes qui faisaient des incursions ou razzias dans les plaines.
A partir de 1920, l’organisation des goums est modifi�e sensiblement. De nouveaux goums sont cr��s, portant leur nombre � 28.au moment o� se d�clenche la guerre du Rif. Une plus forte d�centralisation est adopt�e pour la vie de chaque goum, son encadrement en sous-officiers qui devient davantage marocain, son recrutement, sa discipline et son instruction. Chaque goum est �galement renforc� d’armes collectives (fusils mitrailleurs puis mitrailleuses) Mais la personnalit� initiale des goums est renforc�e avec son commandement aux mains des officiers du Service des Renseignements et, sur le plan administratif, son rattachement au Chef de Corps d�l�gu� aux Goums Mixtes Marocains (GMM)
En 1924, enhardi par ses succ�s sur l’arm�e espagnole, Abdelkrim ambitionne de conqu�rir le Maroc en essayant dans un premier temps d’occuper la r�gion de Fez. C’est le d�but de la guerre du Rif qui va durer deux ans jusqu’� la reddition d’Abdelkrim le 25 mai 1926.
Au cours de cette longue campagne, plusieurs goums sont engag�s dans des conditions difficiles dans les r�gions montagneuses de la cha�ne du Rif, notamment les 8e, 9e, 17e, 25e goums, au cours d’op�rations que le Mar�chal Lyautey, revenu r�sident g�n�ral au Maroc apr�s ses responsabilit�s de Ministre de la Guerre (d�cembre 1916-avril 1917), suit personnellement jusqu’� son �viction (septembre 1925)
L’affaire Lyautey - P�tain.
C’est, en effet, � cette �poque que l’on voit surgir les intrigues du Mar�chal P�tain, tr�s proche du pr�sident du Conseil et ministre de la Guerre, Painlev�.
Painlev�, apr�s avoir accept� d’envoyer des renforts pour le Rif sur l’insistance renouvel�e de Lyautey, d�cide de dissocier les responsabilit�s de R�sident g�n�ral et de Commandement en Chef des Troupes au Maroc et de confier ce dernier au Mar�chal P�tain. Ec�ur� par les man�uvres politiciennes de Paris, le Mar�chal Lyautey prend pr�texte du r�tablissement de la situation militaire pour donner sa d�mission par une lettre rest�e c�l�bre du 17 septembre 1925, d�mission que Painlev� s’empresse d’accepter pour placer son prot�g�.
La guerre va ensuite � son terme avec des renforts portant les effectifs � 150.000 et la cr�ation de 6 goums suppl�mentaires.
C’est � cette �poque que l’on voit appara�tre le l�gendaire Bournazel � la t�te du 33e Goum.
La reddition d’Abdelkrim intervient le 27 mai 1926, mettant un terme � la guerre du Rif. Les 9e, 16e et 33e Goums participent directement aux conditions de cette reddition.
Les derni�res campagnes jusqu’en 1939.
La fin de la guerre du Rif ne met pas un terme aux op�rations de pacification au Maroc. Elles se portent ensuite sur les montagnes et occupent de nombreux goums dont le nombre est port� � 47.
Les principales ont lieu dans la r�gion de Tadla (1929-31), sur les confins alg�ro-marocains (1930-31), dans la r�gion de Marrakech (1931-32), dans l’Atlas central (1932-33), dans l’Anti-Atlas (1934) et dans la r�gion de Tindouf (1934)
Au cours de toutes ces ann�es de pacification et d’unification du Maroc, les goums montr�rent leurs qualit�s exceptionnelles : aptitude au combat en montagne, rusticit�, attachement � leurs chefs, courage et m�pris du danger. Pr�cis�ment, toutes ces qualit�s qui vont faire merveille dans la phase suivante, particuli�rement glorieuse, de leur histoire.
Le principal artisan de l’emploi de ces unit�s fut le g�n�ral Giraud, celui qui saura, apr�s d�cembre 1942, en tirer le meilleur parti pour leur participation � la reconqu�te de l’Europe du Sud.
La Seconde Guerre mondiale.
Apr�s la d�faite de mai-juin 1940, le G�n�ral Nogu�s qui cumule les fonctions de R�sident g�n�ral au Maroc et de Commandant en Chef du Th��tre d’op�rations en Afrique du Nord (TOAFN) s’efforce, en attendant l’heure de la revanche, de camoufler le maximum de forces et de mat�riels � la commission d’armistice germano-italienne qui a oblig� le Gouvernement de Vichy � dissoudre le corps des Affaires indig�nes (A.I.), celui des Affaires militaires musulmanes et les unit�s suppl�tives. Il y parvient en grande partie.
Jusqu’au moment du d�barquement alli� en Afrique du Nord (8 novembre 1942) plusieurs dizaines de milliers d’armes individuelles et collectives d’infanterie �chappent ainsi � la vigilance des inspections de la commission d’armistice et � l’espionnage allemand particuli�rement actif � partir de l’Espagne franquiste. Les effectifs et les cadres des goums sont camoufl�s dans les M�halla ch�rifiennes, forces de police r�parties dans les tribus et charg�es du maintien de l’ordre, d�pendant du R�sident g�n�ral, qui maintiennent en r�alit� l’existence d’une centaine de goums dont le tiers entre dans la composition d’une dizaine de tabors permanents. 270 officiers, 900 sous-officiers et 20.000 goumiers sont ainsi "camoufl�s".
La campagne de Tunisie (Novembre 1942-mai 1943)
Elle est l’effet imm�diat du d�barquement alli� en AFN et la cons�quence du repli de l’Afrika Korps de Rommel sous la pouss�e de la 8e Arm�e britannique. D�s le 9 novembre 1942 les Forces de l’Axe occupent la Tunisie utile et repousse dans les zones montagneuses les forces fran�aises qui s’y trouvent.
Un d�tachement d’Arm�e fran�aise (DAF) est aussit�t constitu� sous les ordres du g�n�ral Juin avec deux divisions form�es d’Alg�rie et une du Maroc dans laquelle entrent les 1er et 2�me Groupes de Tabors Marocains (GTM). L’armement et les �quipements de ces unit�s ne sont autres initialement que ceux provenant du "camouflage", tr�s inf�rieurs � ceux des Alli�s et de l’adversaire, essentiellement d’infanterie, sans appui de chars et avec de l’artillerie d�pass�e. N�anmoins, les tabors remplissent des missions essentielles en agissant dans leur meilleur �l�ment, la montagne tunisienne.
A la mi-d�cembre 1942, le 1er GTM (2e et 3e Tabors) est ainsi engag� dans la Grande Dorsale et le 2�me GTM (1er et 6e Tabors) dans la Petite Dorsale. Ils participent aux op�rations alli�es aux offensives allemandes de janvier et f�vrier 1943. En mars, compl�t�s par le 12e Tabor pour le 1er et par le 15e Tabor pour le 2�me, ils participent au retour offensif des Alli�s jusqu’au rejet total des forces de l’Axe de Tunisie et m�me temps d’AFN, achev� le 8 mai 1943
Les deux GTM sont ensuite ramen�s au Maroc.
Le 4e Tabor en Sicile (juillet-septembre 1943)
Le 2 juin 1943 est cr�� le Commandement des Goums Marocains (CGM) aux ordres du G�n�ral Guillaume avec quatre GTM. Sur demande du G�n�ral Patton, commandant la 7e Arm�e US, le 4e Tabor est mis � la disposition des Alli�s pour la conqu�te de la premi�re t�te de pont en Europe du Sud, la Sicile.
Il y d�barque le 14 juillet � Licata au sud de l’�le, �quip� de mat�riel am�ricain et passe sous les ordres de plusieurs DI US successives en fonction des difficult�s qu’elles rencontrent en terrain accident� o� il fait merveille. Par son efficacit� il s’y taille un prestige interalli� qui rejaillit sur toutes les unit�s de tabors et ses actions de combat permettent de tirer de nombreux enseignements qui seront pr�cieux pour la campagne suivante.
La prise de la Sicile par les Alli�s entra�ne la chute de Mussolini et le retrait de l’arm�e italienne de la guerre.
La lib�ration de la Corse (septembre-octobre 1943) et de l’Ile d’Elbe (Juin 1944)
Devenu commandant en chef des forces fran�aises, le g�n�ral Giraud monte une op�ration visant � lib�rer la Corse par les seules forces fran�aises. Sous les ordres du g�n�ral Henri Martin, elle met en �uvre la 4e DMM, le 1er Bataillon de Choc et le 2e GTM (1er, 6e, 15e Tabor) et commence, le 13 septembre 1943, par le d�barquement des commandos de Choc autour d’Ajaccio.
Le 23 septembre, les Tabors d�barquent � leur tour dans le port d’Ajaccio et sont achemin�s aussit�t vers le Cap Corse o� se sont retranch�es les unit�s allemandes en vue de leur r�-embarquement par Bastia. Les combats les plus durs ont lieu au col du Teghime (pied du Cap Corse) dominant Bastia, o� les Allemands livrent un combat retardateur acharn�.
Prisonnier de son succ�s en Corse, le 2e GTM ne participera pas � la campagne d’Italie mais, en renforcement de la 9e DIC, � la lib�ration de l’Ile d’Elbe toute proche entre le 17 et le 29 juin 1944.
La campagne d’Italie (d�cembre 1943-juillet 1944)
A partir de mai 1943 commence � se constituer le CEFI en vue de la conqu�te de l’Italie. Le g�n�ral Juin en prend le commandement le 18 mai. Le 3 septembre, les Alli�s d�barquent pr�s de Naples mais rencontrent tr�s vite des difficult�s pour rompre la ligne Gustav solidement tenue par des unit�s allemandes de qualit� sous les ordres du Mar�chal Kesselring.
Les 3e et 4e GTM sont d�sign�s pour le CEFI. En d�cembre, le 4e participe au sein de la 2e DIM � l’offensive de cette division dans les Abruzzes et en janvier 44 le 3e participe avec la 3e DIA � la premi�re bataille de Cassino.
Pendant l’offensive de Printemps (avril-mai 1944) ces deux GTM et le 1er GTM qui les a rejoints le 20 avril sont regroup�s sous le commandement du g�n�ral Guillaume dans le CGM qui constitue avec la 4e DMM le Corps de Montagne du g�n�ral Sevez. C’est dans ce cadre tactique qu’ils participent � la rupture de la ligne Gustav en mai 1944, ouvrant aux Alli�s la route de Rome (prise le 4 juin)
Au cours de cette dure campagne les pertes des trois GTM ont �t� s�v�res surtout celles du 4e, engag� dans les op�rations les plus meurtri�res. Le nombre de tu�s est en officiers, sous-officiers et goumiers est de 5-4-123 pour le 1er GTM, 10-14-105 pour le 3e GTM et 9-14-255 pour le 4e GTM et ces chiffres sont � tripler pour le nombre de bless�s.
La campagne de France (ao�t 1944-mars 1945)
En vue du d�barquement en Provence les 1er et 3e GTM rejoignent fin juillet 44 le 2e rest� en Corse o� ils sont remis en condition. Les trois GTM d�barquent en Provence � partir du 18 ao�t.
Marseille (20 au 28 ao�t 1944)
Du 20 au 28 ao�t, ils sont engag�s dans la r�duction des d�fenses de Marseille au sein de la 3e DIA sous les ordres du g�n�ral de Montsabert. Le 2e GTM assure l’attaque sur Aubagne puis Carpiagne et la cha�ne de Saint-Cyr pendant que le 1er GTM, par un large d�bordement nord des d�fenses de Marseille s’infiltre dans la ville par le nord et que le 3e GTM progresse par le sud sur la Ciotat et le long de la c�te. Les 26 et 27 ao�t, par les banlieues nord, est et sud les GTM r�duisent les diff�rentes r�sistances allemandes et prennent ainsi, avec les r�giments de Tirailleurs de la 3e DIA, une part d�cisive � la capitulation de la garnison allemande obtenue le 28.
La lib�ration de Marseille leur a co�t� 7 officiers, 10 sous-officiers, 133 goumiers et trois fois plus de bless�s.
Les Alpes (2 septembre-21 octobre 1944)
Pour �viter le r�-embarquement des goums pour le Maroc apr�s la victoire de Marseille, le g�n�ral Guillaume obtient du g�n�ral de Lattre de Tassigny qu’ils soient engag�s dans les Alpes contre un retour offensif allemand � partir de l’Italie du nord.
De violents combats ont lieu dans la r�gion du col de Vars o� le Lt-Col de Colbert, cdt le 3e Tabor (1e GTM ) est tu� sous les coups de l’artillerie ennemie.
Les Vosges (25 septembre 1944-19 mars 1945)
Rattach�s � la 3e DIA, les 2er et 3e GTM sont engag�s dans plusieurs op�rations � l’est de Remiremont et au sud de G�rardmer entre le 25 septembre et le 5 octobre. En novembre, le 1er GTM participe � la prise de Belfort dans le cadre de la 5e DB.
En novembre et d�cembre, les trois GTM de nouveau r�unis participent � la bataille de la cr�te des Vosges par un froid glacial et dans une neige abondante.
En f�vrier, le 3e GTM dans le cadre de la 10e DI participent aux op�rations autour de Munster pour d�boucher sur la plaine d’Alsace avant la bataille d�cisive de Colmar. C’est l� qu’il termine la guerre. Il est ramen� � Marseille le 7 avril et rentre au Maroc. Il est remplac� par le 4e GTM.
La campagne d’Allemagne (mars- mai 1945)
Les 1er, 2e et 4e GTM participent � cette campagne.
Le 19 mars, jour m�morable, la 3e DIA p�n�tre en Allemagne au nord de Strasbourg, dans la r�gion de Lauterbourg. Le 1er GTM participe aussit�t (20 au 25 mars) � l’action de percement de la ligne Siedfried d�ploy�e en arri�re.
L’Arm�e de Lattre re�oit alors la mission de "s’emparer de Karlsruhe, Pforzheim et Stuttgart". Et le 31 mars, le Rhin est franchi � Spire par la 3e DIA et � Germersheim par la 2e DIM. A leur tour � Spire, le1er GTM franchit le 4 avril et le 4e GTM le 8 avril. Tous deux sont ensuite engag�s pour la prise de Pforzheim sur un affluent du N�ckar.
Fin avril, alors que les derni�res grandes unit�s allemandes s’accrochent aux massifs forestiers de For�t Noire et du plateau souabe, le 2e GTM agit � l’ouest de la For�t Noire dans le cadre de la 9e DIC ou de la 4e DMM., les 1er et 4e GTM poussent sur Stuttgart puis Tubingen. Du 30 avril au 8 mai, le 2e GTM poursuit en Bavi�re jusqu’� la fronti�re autrichienne.
Apr�s la capitulation allemande, le 8 mai 1945, les trois GTM ont des destin�es diff�rentes.
Le 4e GTM quitte la 2e DIM en juin pour s’installer en For�t Noire au sud-est de Fribourg. Le 5 octobre il re�oit sa 2e citation � l’ordre de l’Arm�e des mains du g�n�ral de Gaulle. En avril 1946, son aventure prend fin. Il rentre au Maroc et est dissout le 16 juillet 1946.
Le 2e GTM, entr� en Autriche le 5 mai, re�oit la visite du Sultan du Maroc le 25 juin. En novembre, il est ramen� � Marseille pour rentrer au Maroc o� il est dissout le 1er mai 1946.
Il en est de m�me pour les deux autres GTM.
Un lourd tribu � la Victoire alli�e.
Au cours de la 2e Guerre mondiale, les Goumiers ont �t� employ�s l� o� leurs qualit�s fonci�res pouvaient �tre les plus pr�cieuses, o� d’autres troupes m�me aguerries pouvaient difficilement r�ussir. Mais ce fut au prix de pertes impressionnantes. De novembre 1942 � mai 1945, ils ont eu :
67 officiers, 104 sous-officiers, 1454 goumiers tu�s ou disparus ;
115 officiers, 285 sous-officiers, 5993 goumiers bless�s ;
soit, au total, 8018 personnels mis hors de combat.
La guerre d’Indochine (1945-1954).
En Indochine, la guerre contre le Viet-Minh fait suite � la capitulation japonaise.. Elle va se poursuivre pour l’Arm�e fran�aise jusqu’en juillet 1954 (accords de Gen�ve). Tout au long de ces 9 ann�es les besoins en effectifs vont �tre consid�rables et les goums marocains vont aussi apporter leur contribution au Corps Exp�ditionnaire fran�ais en Indochine.
9 tabors ont �t� engag�s en Indochine . Le premier � y avoir servi a �t� le 10e Tabor � partir d’octobre 1948. Les Tabors sont engag�s pour la plupart au Tonkin dans diff�rentes actions indispensables � la s�curit� de l’ensemble du Corps Exp�ditionnaire : ouvertures de routes, escortes de convois, op�rations de ratissage, s�curit� sur zones, nettoyages en moyenne et haute montagne et dans le delta tonkinois.
Citons parmi les principales zones d’engagement :
la zone frontali�re du Nord-Est (8e et 10e � leur 1er s�jour, 1er, 2e, 3e, 9e, 11e Tabor. Voir, plus loin, Cao Bang et la RC 4),
le Pays Tha� (8e et 10e � leur 2e s�jour, 2e, 5e, 11e, 17e Tabor) ;
Dien Bien Phu (2e Tabor)
le Centre Annam (1er, 9e Tabor) et les Hauts Plateaux annamites (8e Tabor, 2e s�jour)
le Laos (8e et 10e Tabor � leur 2e s�jour, 5e, 9e Tabor)
Au cours de toutes ces op�rations d’Indochine, le total des pertes (tu�s au combat ou morts en captivit� dans les camps Viets) des Tabors marocains en Indochine s’�l�ve � 16 officiers, 41 sous-officiers 730 goumiers.
Le calvaire de Cao Bang et de la RC 4 (octobre 1950).
Il convient d’accorder un d�veloppement particulier � la retraite de Cao Bang par la RC 4.
A la fin de 1949 Mao Ts� Tung et le parti communiste triomphent en Chine. Le Viet-Minh dispose alors de bases s�res et de soutiens efficaces � la fronti�re nord-est du Tonkin. Apr�s une p�riode de renforcement du dispositif frontalier auquel participent les 1er, 3e, 8e et 10e Tabors entre d�cembre 1949 et octobre 1950, le commandement fran�ais d�cide d’�vacuer tous les postes frontaliers et l’importante garnison de Cao Bang et de resserrer son dispositif sur le delta tonkinois. C’est la bataille meurtri�re de la RC 4, le cordon constamment harcel� par les divisions Viets qui relie Cao Bang au nord au Delta tonkinois � Langson � travers la zone montagneuse.
L’�vacuation de Cao Bang o� se trouve le 3e Tabor demande une des plus grosses op�rations de la guerre d’Indochine dont l’enjeu est consid�rable pour les Viets comme pour le Corps exp�ditionnaire. Elle commence par le renforcement des principales garnisons qui doivent servir de relais sur la RC 4, en particulier Dong Kh� o� doit avoir lieu la jonction de la colonne Charton partie de Cao Bang et de la colonne Le Page venant du sud.
Partie de That Kh� le 30 septembre, la colonne Le Page (1er et 9e Tabors, bataillon 8e RTM, ,BEP et partisans vietnamiens) �choue devant Dong Hh� le 2 octobre o� elle subit les assauts meurtriers de plusieurs bataillons Viets. Les deux colonnes p�niblement r�unies tentent ensuite de desserrer l’encerclement Viet pendant pr�s d’une semaine, alourdies par le nombre de ses bless�s qu’il devient impossible d’�vacuer. De nouveaux violents combats sont n�cessaires pour d�gager de That Kh� les unit�s rescap�es ainsi qu’une troisi�me colonne venue de Langson � la rescousse.
Les pertes totales fran�aises de l’op�ration sont consid�rables : 2000 tu�s et 3000 prisonniers dont 2000 ne survivront pas � l’inhumaine captivit� Viet-Minh.
Tunisie-Alg�rie (1955-56).
Dien Bien Phu et la fin de la guerre d’Indochine ont un retentissement psychologique et politique consid�rable en AFN et en particulier au Maroc. Pourtant, les goums et notamment ceux qui sont rapatri�s d’Indochine au Maroc conservent leur coh�sion et leur attachement � leurs cadres.
En Tunisie, les troubles qui commencent en 1954 ne sont pas �trangers � cette situation. Pour y faire face un tabor tunisien est cr�� sur le mod�le des goums marocain. Fin septembre 1954, arrivent successivement en Tunisie pour y participer aux op�rations de maintien de l’ordre les 3e, 8e,et 10e Tabors qui sont rapatri�s au Maroc en avril 1956.
Deux d’entre eux, les 8e et 10e, d�cid�ment ins�parables, participent aux op�rations en Alg�rie, essentiellement dans les Aur�s, le 8e � partir de janvier 1955, le 10e � partir de mars 1955.
Conclusion. La derni�re prise d’armes.
Le 3 mars 1956, le Maroc devient ind�pendant. La Tunisie le devient le 20 mai suivant. En Alg�rie, la guerre s’�tend depuis le 1er novembre 1954. Au-del� d’avril 1956 la France ne peut plus employer sur ce territoire des formations suppl�tives d’un pays qui donne asile � l’organisation et aux bandes arm�es du FLN alg�rien. Tous les goums marocains sont alors dissous.
De 1908 � 1956 la saga des Goums marocains aura dur� 48 ans. Pendant pr�s d’un demi-si�cle, l’uniforme des Goumiers, � mi-chemin entre le v�tement traditionnel berb�re et la tenue de combat moderne, aura �t� vu, craint et toujours admir� sur tous les champs de bataille de la premi�re moiti� du XXe Si�cle o� se sera battue l’Arm�e fran�aise, � l’exception de la 1�re Guerre mondiale. Et pendant cette longue p�riode de combats quasi ininterrompus, les Goumiers seront rest�s des fid�les. Fid�les � leurs origines, fid�les � leurs chefs qu’ils se seront eux-m�mes donn�s, fid�les � leurs traditions qu’ils auront forg�es par leurs exploits.
C’est sans doute pourquoi l’histoire des Goums marocains reste entour�e de myst�re et de l�gende comme celle des meilleures troupes. Et leur gloire est aussi rehauss�e par celle des chefs, grands et petits, qui sont li�s � leur destin : Lyautey, Giraud, Juin, Guillaume, Bournazel, Le Blanc, et bien d’autres... On ne peut les citer tous tant leur cohorte est immense.
En servant la France les Goumiers auront aussi servi leur pays, le Maroc. Et si l’amiti� franco-marocaine est rest�e aussi vive depuis 1956, c’est s�rement pour une grande part gr�ce aux pages glorieuses inscrites avec le sang des Goumiers marocains.
Le 9 mai 1956, se d�roula � N’Kheila au Maroc le dernier adieu au Drapeau unique des Goums marocains, ce m�me Drapeau que le g�n�ral de Gaulle leur avait remis � Paris, le 14 juillet 1945, premi�re f�te nationale suivant la fin de la 2�me Guerre mondiale.
Depuis, ce Drapeau a rejoint aux Invalides les Embl�mes des r�giments dissous de l’Arm�e fran�aise.
� Fran�ois Lescel, Farac-Info n° 366 Mars 2002
Notes
PRINCIPALES CAMPAGNES des GOUMS hors Maroc.
2e guerre Mondiale.
Tunisie (1942-43).
1e GTM (2e, 3e, 12e Tabor).
2e GTM (1er, 6e, 15e Tabor).
4e Tabor
Sicile (1943).
4e Tabor
Corse (1943).
2e GTM (1er, 6e, 15e Tabor)
Italie (1943-44)
1er GTM (2e, 3e, 12e Tabor)
3e GTM (1er, 6e, 15e Tabor)
4e GTM (5e, 8e, 11e Tabor)
France et Allemagne (1944-45)
1er GTM (2e, 3e, 12e Tabor)
2e GTM (1e, 6e, 15e Tabor)
3e GTM (9e, 10e, 17e Tabor)
4e GTM ( 5e, 8e, 11e Tabor)
Guerre d’Indochine( 1946-54).
1er, 2e, 3e, 5e, 8e (deux s�jours), 9e, 10e (deux s�jours), 11e, 17e Tabor.
Tunisie (1954-56), Alg�rie (1954-1956).
3e, 8e, 10e Tabor.
SIGLES et DEFINITIONS.
A. I. Affaires Indig�nes du Maroc. La quasi-totalit� de l’encadrement des Goums en �tait issue.
AFN. Afrique du Nord fran�aise comprenant l’Alg�rie, le Maroc et la Tunisie auxquels il est commun�ment ajout� la Mauritanie.
BEP. Bataillon Etranger de Parachutistes en Indochine.
CEFI. Corps Exp�ditionnaire Fran�ais en Italie sous les ordres du g�n�ral Juin.
CGM. Commandement des Goums Marocains pendant la campagne d’Italie, aux ordres du g�n�ral Guillaume.
DAF. D�tachement d’Arm�e fran�aise constitu� d�s novembre 1942 sous les ordres du g�n�ral Juin pour la campagne de Tunisie.
DB(5e). 5e Division Blind�e engag�e � partir de septembre 1944 dans les Vosges.
DI(10e). 10e Division d’Infanterie fran�aise.
DI US. Division d’infanterie am�ricaine.
DIA(3e). 3e Division d’Infanterie Alg�rienne.
DIC(9e). 9e Division d’Infanterie Coloniale.
DIM(2e). 2e Division d’Infanterie Marocaine.
DMM(4e). 4e Division Marocaine de Montagne.
Fanion. Embl�me du Goum � l’extr�mit� d’une hampe orn�e d’une queue de cheval.
GMM. Goums Mixtes Marocains. Organisation administrative command�e par un colonel, chef de corps.
Goum. En arabe, troupe.. Par ext., lev�e d’une troupe contre un ennemi. Unit� de base des Goums marocains �quivalente � la compagnie d’infanterie et command�e par un capitaine (Cne), parfois un lieutenant (Lnt). Effectif : 100 � 200 hommes.
Goumier. Suppl�tif marocain engag� pour une p�riode limit�e renouvelable (1 an en g�n�ral) Personnel du goum.
GTM. Groupe de Tabors Marocains. Formation de combat �quivalente au r�giment d’infanterie mais sans disposer des m�mes moyens d’appui, comprenant en g�n�ral 3 tabors. Effectif : 1500 � 3000 hommes.
RC 4. Route coloniale N°4, pr�s de la fronti�re chinoise, t�moin de combats meurtriers.
RTM. R�giment de Tirailleurs Marocains.
Tabor. Formation de combat �quivalente au bataillon d’infanterie et comprenant en g�n�ral 3 goums, parfois 4. Effectif : 500 � 800 hommes.
TOAFN. Th��tre d’op�ration en Afrique du Nord.
BIBLIOGRAPHIE.
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GUILLAUME (Augustin, g�n�ral d’arm�e), Homme de guerre, Paris, France Empire, 1977.
JUIN (Alphonse, Mar�chal de France), La campagne d’Italie, Paris, Guy Victor, 1962.
JUIN (Alphonse, Mar�chal de France), M�moires, Paris, Arth�me Fayard, 1959-60
LATTRE (de) de TASSIGNY (Jean, Mar�chal de France), Histoire de la Premi�re Arm�e Fran�aise, Rhin et Danube, Paris, Librairie Plon, 1949.
LE PAGE (colonel), Cao Bang, Nouvelles Editions Latines, 1981
MERAUD (Marc), Histoire des A. I., Le service des Affaires Indig�nes au Maroc, Paris, La Koumia - Public-R�alisations, 1990.
SALKIN (Yves) et MORINEAU (Jacques), Histoire des Goums marocains (tome 2), La Seconde Guerre mondiale et l’apr�s-guerre (1934-1956), Paris, La Koumia - Public-R�alisations, 1987.
SAULAY (Jean) Histoire des Goums marocains (tome 1), Le Maroc, pacification et unification du Pays (1908-1934), Paris, La Koumia - Public-R�alisations, 1985.