AccueilLe terrain d’aventure : du terrain vague au laboratoire éducatif, social et politique
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Publié le jeudi 26 mars 2026

Résumé

Projet de dossier thématique de la revue Recherches & Éducations, consacré à l'étude des terrains d'aventure en France

Annonce

Coord. Willy Hugedet (MCF),  Sébastien Laffage-Cosnier (PU) & Gilles Raveneau (PU)

Argumentaire

Contexte

Un « terrain d’aventure » constitue un lieu dédié à la jeunesse locale, afin qu’elle puisse agir en toute liberté sur son environnement. Non véritablement aménagé, il est délimité dans l’espace et animé par des adultes pour que chaque enfant puisse donner libre cours à sa créativité. Un tel dispositif nécessite un croisement de points de vue scientifiques pour en saisir toute la complexité. Protection de l’enfance, action publique, urbanisme, coconstruction, interculturalité, co-éducation, mixité et égalité entre les sexes, animation socioculturelle et travail social, jeu libre, expérience corporelle et fabrication manuelle, représentent autant d’angles d’attaque d’une expérience reconnue à l’échelle internationale et requièrent des champs d’expertise pluriels. Ce dossier thématique se propose de rassembler un certain nombre de contributions pour combler un manque de connaissances sur les terrains d’aventure en France, dont l’apparition dans les années 1970 s’avère tardive par rapport aux pays du nord de l’Europe, et dont le déclin est notoire à partir des années 1980 et 1990. Dans la continuité du programme de recherche « Des terrains d’aventure du passé/pour l’avenir » (TAPLA)1, deux dimensions sont au cœur de ce numéro spécial : l’une rétrospective, qui cherche à comprendre l’origine et l’émergence des terrains d’aventure à travers les traces du passé, l’autre prospective tournée vers l’analyse de leur héritage et des formes contemporaines.

État de l’art

Inspirés des expériences danoises (Kozlovsky, 2008), les terrains d’aventure représentent en France des espaces éducatifs qui appartiennent principalement au passé. Lieux clos réservés aux enfants, ils sont encadrés par un·e ou plusieurs animateur·ice·s qui se chargent principalement de la sécurité et de l’enrichissement en matériaux. Ces terrains, laissés à disposition d’une jeunesse le plus souvent défavorisée, sont mis à profit pour jouer librement, construire des cabanes, fabriquer des objets et plus largement exprimer son inventivité. Ces espaces d’apprentissage par le jeu libre ont constitué une solution éducative temporaire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Prenant en charge une jeunesse déboussolée par le conflit, les terrains d’aventure occupent alors à la fois un vide social (Cohen, 2007) et un vide spatial laissé par les ruines urbaines (Kozlovsky, 2008). Les terrains d’aventure apparaissent en France au début des années 1970, d’abord en région parisienne et en Rhône-Alpes puis dans toute la France, et symbolisent une contestation en actes de l’éducation formelle, de l’équipement socioculturel (Raveneau, 2014, 2019) et de la ville fonctionnaliste (Vernant, 2022). Après une période de développement, ils disparaissent progressivement en France dans les années 1980. Jusqu’ici, les travaux relatifs aux terrains d’aventure restaient le plus souvent anciens et focalisés sur des expériences menées principalement au sein de la capitale (Allaines-Margot, 1975 ; Vergnes et al., 1975 ; Chombart de Lauwe et al., 1976). Le réseau européen TAPLA a su redynamiser les recherches scientifiques en la matière (Raveneau, 2020) et plusieurs dispositifs ont été investigués sur le territoire national (Raveneau et al., 2024). Ces premières analyses sont néanmoins loin d’en avoir épuisé toute la diversité.

Selon une approche pluridisciplinaire, il s’agit d’étudier de façon rétrospective les différents facteurs qui expliqueraient l’émergence d’un terrain d’aventure, les leviers comme les freins à son fonctionnement quotidien, les apports supposés et entrepris en faveur du développement de l’enfant et de la vie d’un quartier, tout comme la compréhension de sa disparition. Qui étaient les militant·e·s qui se sont impliqués dans ces initiatives et quels arguments ont été soutenus ? Quelles sont les pratiques pédagogiques et les modèles éducatifs mis en place sur les différents terrains ? Quelles sont les politiques publiques en direction de l’éducation populaire qui ont encouragé la création de ces dispositifs sociospatiaux ? Comment sont choisis les lieux d’implantation de ces expériences ?

De manière prospective, ce dossier thématique vise à la fois à apporter des éclairages socio-historiques qui seraient à même d’améliorer la compréhension des enjeux actuels relatifs à la résurgence des terrains d’aventure, et des analyses de nouvelles expériences contemporaines. En effet, depuis 2018, on assiste à une relance des terrains d’aventure en France. Des associations d’éducation populaire, des centres sociaux et des municipalités relancent ces initiatives en de nombreux endroits. Plusieurs enquêtes ethnographiques ont ainsi été déployées dans le cadre de la recherche-action TAPLA, en partenariat étroit avec les CEMÉA, afin d’accompagner ces projets. Nous pouvons notamment citer les terrains d’aventure d’Angers (Artières et al., 2020), de Montpellier, de Villiers-Le-Bel et de Bagnolet (Raveneau et al., 2024), pour lesquels de premières conclusions scientifiques ont été publiées, les travaux sur la région Auvergne-Rhône-Alpes portés dans le cadre du projet TAMARA2 ou encore les analyses menées dans le cadre du programme de recherche pluridisciplinaire TAILIBRE (« Terrain d’Aventure de Belfort : Activités, Innovations, Libertés, Imaginaires, Bricolages, Récupérations et Enfances »)3. Ce dossier thématique vise ainsi à réunir des éclairages complémentaires liés à la fois à l’héritage des expériences passées et aux réalités contemporaines, en étant attentif aux parcours personnels (parcours de vie des enfants, des éducateurs et des animateurs passés par un terrain d’aventure) et aux collectifs portant ces projets, afin de comprendre les bénéfices et les faiblesses de ces laboratoires pédagogiques particuliers. Des propositions sont attendues autour de l’analyse de réseaux politico-éducatifs, de l’analyse quantitative des formes de stratification et d’évolution temporelle, de la cartographie de parcours d’animatrices et animateurs, de l’ethnographie de pratiques enfantines et des explorations biographiques, de la reconstitution des trajectoires et des choix d’un groupe social, de monographies d’un terrain ou d’une famille adepte d’un terrain d’aventure, etc.

Axes thématiques

  • Des contributions issues des sciences sociales au sens large, ouvertes à la pluridisciplinarité, sont souhaitées autour de sept axes de réflexion à traiter à l’aide de données empiriques et d’enquêtes visant un recueil de données ou l’utilisation de corpus systématiques de sources et archives :
  • Dynamiques éducatives et politiques publiques : Les analyses juridiques, socio-historiques, géographiques sont les bienvenues en ce qui concerne les décisions prises pour une attention aux enfants en situation de vulnérabilité, pour les aménagements et les équipements corrélatifs, du point de vue de la sécurité et des libertés dans le mode de gestion du terrain d’aventure, etc.
  • Protection de l’enfance : Les terrains d’aventure ne sont pas sans mettre en tension l’enfermement et la libération des corps. Ils reconnaissent un droit à la ville et visent à répondre à des besoins spécifiques de mouvements corporels, de création, de jeux ou de nature.
  • Alliances éducatives, modes de coopération : Les terrains d’aventure impliquent des collaborations actives entre les champs de l’éducation populaire ou de l’animation socioculturelle, de l’école, des centres sociaux, des familles, des quartiers, des communes, etc. Les questions intergénérationnelles trouveront notamment un intérêt particulier en interrogeant la place et le rôle des parents et des grands-parents.
  • Éducation et vie sociale : Sur les terrains d’aventure, se jouent des problématiques générationnelles et de co-éducation, des rapports de pouvoir : diversité ethnique et interculturalité, mixité ou non-mixité, positions de genre et inégalités filles-garçons, etc. Un intérêt particulier sera prêté aux contributions qui s’intéressent aux relations développées entre pairs.
  • Modèles pédagogiques et socialisation démocratique : pédagogies du jeu, loisirs éducatifs et éducation informelle, autonomie et contrôle parental, expériences individuelles et collectives du faire, pratiques physiques et mises en scène des corps, etc. Les propositions qui discuteront de l’alternative et des contre-modèles à la forme scolaire seront particulièrement bienvenues.
  • Rapports à l’environnement et culture matérielle : Les contributions travaillant la dialectique dedans/dehors sont particulièrement attendues dans ces dispositifs de plein air, ainsi que celles qui étudient l’aménagement urbain, le bricolage, l’utilisation de matériel recyclé ou le rapport singulier aux éléments naturels (la terre, l’eau, l’air, le feu, le bois), les discours et les imaginaires associés.
  • Représentations médiatiques et cultures sensibles de l’enfance : Cet axe s’intéresse à la manière dont les terrains d’aventure ont été représentés, racontés et mis en discours par les médias, les institutions et les acteurs culturels. Images, films, archives pédagogiques, témoignages ou dispositifs numériques révèlent des imaginaires du jeu libre, du risque, de la nature et de la créativité enfantine, tout en donnant à voir des formes singulières de corporéité et de sensibilité. Les propositions pourront interroger la construction de ces sensibilités collectives spécifiques et les formes de mémoire ou de patrimonialisation qu’elles suscitent.

Modalités de contribution

Échéancier prévisionnel, temporalité et délais souhaités

Publication de l’appel à contribution : 15 décembre 2025

Les articles ne devront pas dépasser les 30 000 caractères (espaces compris), notes et bibliographie comprises. Les normes de présentation et les conseils aux auteur·e·s sont disponibles sur le site de la revue : https://journals-openedition-org.scd1.univfcomte.fr/rechercheseducations/598.

Procédure de double expertise à l’aveugle avec navettes correctives de juillet à janvier 2027.

Publication du dossier thématique envisagée en juin 2027.

Bibliographie

Allaines-Margot (d’), D. (1975). Terrain d’aventure et enfants des cités nouvelles : aperçu d’une expérience. Paris, ESF.

Artières, K., Besse-Patin, B., Cadier, R., Charlot, T., Guillon, S., Lulé, D., & Raveneau,

G. (2020). L’aventure de Belle-Beille. SUD volumes critiques, 4. https://revue.marseille.archi.fr/laventure-de-belle-beille/.

Brown, F. (2007). The Venture : A Case Study of an Adventure Playground. Cardiff, Play Wales.

Brown, F. (2022). Terrains d’aventure : théorie et pratique. Dans J.-C. Buttier, C. Roullier et A. Sandras. (dir.), Éducation populaire : engagement, médiation, transmission. Pierrefitte-sur-Seine, Publications des Archives nationales. https://doiorg.scd1.univ-fcomte.fr/10.4000/books.pan.4706

Chombart de Lauwe, M.J, Bonnin P., Mayeur, M., Perrot, M., & De la Soudière M. (1976). Enfant en-jeu. Les pratiques des enfants durant leur temps libre en fonction des types d’environnement et des idéologies, Paris, Éditions du CNRS.

Gentès, D. (2023). L’accueil libre sur le terrain d’aventure de La Petite Plage à Bagnolet. Chemins de formation, 25.

Kozlovsky, R. (2008). Adventure Playgrounds and Postwar Reconstruction. In Modern Childhoods  : History, Space, and the Material Culture of Children ; An International Reader. New Brunswick Rutgers University Press.

Raveneau, G. (2014). Les terrains d’aventure en France dans les années 1970-1980, une aventure sans lendemain ?. Colloque Des lieux pour l’éducation populaire : conceptions, architecture et usage des équipements depuis les années 1930, SaintDenis, Archives nationales, École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, PAJEP, 3-5 décembre. ⟨halshs-03377115⟩.

Raveneau, G. (2019). Les terrains d’aventure en France dans les années 1970 ou la contestation en acte de la notion d’équipement socioculturel. Dans L. Besse L. (dir.), Des lieux pour l’éducation populaire (1930-1970) Histoire des équipements socioculturels. Villes et territoires. Tours, Presses Universitaires François-Rabelais.

Raveneau, G. (2020). Des terrains d’aventure du passé pour l’avenir. SUD Volumes Critiques, 4, ENSAM. https://revue.marseille.archi.fr/des-terrains-daventure/.

Raveneau, G., Delaunay, F., Gentès, D., & Bouillon, F. (2024). Les terrains d’aventure : quelle place pour l’enfant dans la ville en transformation ? Espaces et

sociétés, 193(3),         83-102. https://doi-org.scd1.univfcomte.fr/10.3917/esp.193.0083.

Vergnes, B., Kling, P., & Guéant, M. (1975). Du terrain pour l’aventure : Pratique antiautoritaire de l’animation des loisirs en milieu urbain. Paris, François Maspero.

Vernant, A. (2022). L’enfant et la ville fonctionnaliste : le jeu comme espace de résistance ? Nouvelle Revue de l’Enfance et de l’Adolescence, Hors-série 2, 155158. https://doi-org/10.3917/nrea.hs02.0155.

Notes

1 Voir le blog https://tapla.hypotheses.org/. Le projet a été soutenu par le Labex Les passés dans le présent, et porté par les Archives nationales et l’université de Nanterre-Laboratoire d’ethnologie et de sociologie             comparative. http://passes-present.eu/fr/terrains-daventure-du-passepour-lavenir-tapla44347.

2 https://assp.univ-lyon2.fr/ufr-assp/toute-l-actualite/terrains-daventure-en-mouvement-en-auvergnerhone-alpes-tamara.

3 https://mshe.univ-fcomte.fr/actualite/appel-a-projets/laureat-es-de-l-aap-blanc-de-la-federation-desmsh-de-bourgogne-et-de-franche-comte.


Dates

  • mardi 30 juin 2026

Mots-clés

  • éducation, espace, pédagogie, jeu,

Contacts

  • Willy Hugedet
    courriel : willy [dot] hugedet [at] univ-fcomte [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Willy Hugedet
    courriel : willy [dot] hugedet [at] univ-fcomte [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Le terrain d’aventure : du terrain vague au laboratoire éducatif, social et politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 mars 2026, https://doi.org/10.58079/15yb9

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